12 février 2010

Rome antique

La civilisation romaine considère l'état d'enfance (in-fans) proche de l'animalité. Etre informe et sauvage, ce sont les soins et l'éducation dispensés qui lui donneront son humanité.

Afin d'humaniser et parfaire ce corps mou qu'est l'enfant naissant, on associe quotidiennement bain, modelage et emmaillotement. Ces pratiques sont si importantes, pour la fabrication du bébé romain comme futur citoyen, que l'homme d'état Caton l'ancien, lui-même, tenait à assister chaque jour au bain de son fils et à son emmaillotement (Plutarque, Vie de Caton l'ancien).

La principale source écrite, décrivant ces pratiques de soins, est le De arte morbisque mulierum de Soranos d'Ephèse, précis de gynécologie, qui permettait entre autres de former les sages-femmes. L'observation des statues, ex-voto et bas-reliefs, permet de compléter cette étude.

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Aussitôt né, et reconnu par son père, l'enfant était lavé dans un bain au sel, puis emmailloté. Cet emmaillotement permettait de façonner l'enfant, corriger d'éventuelles malformations, le protéger du froid et éviter qu'il ne se blesse.
Sur le plan symbolique, l'emmaillotement humanise le nouveau né en le faisant passer de la position fœtale à la station verticale.

L'association ViaRomana a reconstitué en photos les étapes de cet emmaillotement, en suivant le propos de Soranos:

« Elle [la sage-femme] prend des bandelettes de laine propres, moelleuses et point trop usées, les unes de trois doigts de larges, les autres de quatre. »

« Que la sage-femme prenne donc l'extrémité de la bande, la place sur le bout de la main de l'enfant, l'enroule sur les doigts tenus, puis sur la main elle-même, l'avant bras, le bras ; elle serrera légèrement le poignet, laissant le reste plus libre jusqu'à l'aisselle. »

« Le thorax, en l'entourant d'une bande plus large : le bandage sera serré uniformément pour les garçons, mais elle serrera plus au niveau des mamelles chez les filles, en relâchant la partie qui couvre les reins, car la conformation qu'on obtient ainsi est particulièrement convenable chez les femmes »

« Ensuite elle emmaillotera à part chacune des jambes, car en les rapprochant nues et en les entourant d'une bande unique, on s'expose à les ulcérer : en effet, le contact des chairs lorsque le corps est encore tendre produit rapidement de l'inflammation. La sage-femme poursuivra l'enroulement des bandes jusqu'au bout des orteils en laissant plus lâches les parties correspondant aux cuisses et aux mollets, mais en serrant à hauteur des genoux, des jarrets, du cou de pied et des chevilles afin que les extrémités des jambes s'épanouissent, mais que leur partie médiane soit ramassée. »

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« Entre les os des chevilles et ceux des genoux, de même qu' à hauteur des coudes, on interposera des tampons de laine, pour éviter que les saillies osseuses ne soient contusionnées sous l'effet d'une compression forcée ou du simple contact des parties du corps. »

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A partir de ce stade, Soranos donnait des possibilités différentes, nous avons opté pour celle-ci :

« On enroulera une bande large autour de l'ensemble du corps, du thorax aux pieds »

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« Le crâne du nouveau né sera mis à l'abri grâce à un enroulement de tissu ou de laine »

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« C'est alors qu'on enveloppera entièrement le nouveau né d'une large bande »

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Je me suis ensuite basée sur les ex-voto : en effet, des fines bandelettes sont ajoutées afin de maintenir le tout. J'ai donc choisi du biais, de couleur (afin de démarquer du blanc des langes), et ai imité les statuettes (dont celle de St Germain en Laye).

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L'archéologie a également révélé, dans les sépultures d'enfants, des anneaux de fer au niveau de la poitrine. Selon G. Coulon (L'enfant en Gaule Romaine), ces anneaux pouvaient servir de prise pour soulever l'enfant, ou pour l'accrocher.

Le bébé va rester maintenu ainsi pendant deux mois environ, puis il sera progressivement libéré:

« Certain le font aux alentours du quarantième jour, la plupart vers le soixantième, d'autres fixent une date plus éloignée encore. Quant à nous, comme nous pensons que l'emmaillotage sert à raffermir le corps et à empêcher les malformations, nous conseillons d'enlever les bandelettes au moment où le corps est d'ores et déjà moyennement ferme et où il n'y a plus à craindre qu'une de ses parties se déforme : ce moment est plus rapproché pour des enfants dont le corps a une constitution robuste, il tarde plus longtemps chez ceux dont le tempérament est faible

L'abandon du maillot s'organise alors, en libérant le bras droit quelques jours avant le gauche, afin que l'enfant soit droitier. En effet, être gaucher dans l'Antiquité était de mauvaise augure, la main gauche (sinistra) étant considérée comme celle du vol.

Posté par mekati à 22:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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